L’ART DE CE QUI NE SE VOIT PAS






L
a phrase d’introduction de cette chronique pourrait-être : Il y a le naturel et il y a les normes. Deux critères qui ne sont pas faits pour s’entendre.

On se perd en conjonctures. Les options qu’offre aujourd’hui le médico-chirurgico esthétique ne relèvent plus uniquement de la technique mais de la philosophie.

Et que penser de cette idée d’uniformisation de la beauté que les médias veulent nous imposer ? Rappelons que la beauté n’est pas universelle, les demandes sont fort différentes selon la culture dont elles émanent.


En France nous pouvons dire qu’il existe deux courants ; d’une part la recherche de la beauté photographique ( la géométrie des composants d'un visage ) et d’autre part la mise en valeur de l'expression d’un visage ( dynamique )

Prenant comme exemple les nuances des expressions dont un sourire peut témoigner qui sont multiples.

Un sourire exprime un élan, une énergie, un désir. C’est ce désir qui est beau et attirant. Rencontrer l’autre avec un sourire authentique n’a rien à voir avec l’affichage d’un sourire commercial, à moitié figé, qui, lui, crée une distance.

Le sourire façonne le visage et lui confère une identité qui ne vieillit jamais.

Pour de plus en plus de praticiens la révélation d’une photo face au défilement d’une pellicule est une quête nettement plus intéressante.


De nombreux praticiens peuvent se demander comment communiquer cette approche à des patients potentiels. 

Pourquoi la photo avant / après n’est pas la bonne piste ? 

L’expression, c’est le mouvement. Le but est non pas une « photo après » avec des traits rajeunis de 10 ou 20 ans, ou encore conformes à des normes, le but est une mise en évidence d’une belle expression d’un visage et de ses mouvements. Il n’y a pas de belles bouches. Il y a de beaux sourires.


Comment pouvons-nous alors qualifier l’avant/après ? 

Sous une apparence de facilité, l’acte doit permette la mise en valeur de l’expression. Avec l’aisance et le naturel qui caractérisent l’art de la Renaissance, ce que l’on nomme « la sprezzatura », où l’art extrême consiste en une absence d’art visible….

Si un résultat parait « simple » à atteindre, sachez que ce qui paraît simple peut être en réalité très compliqué, si vous voulez assurer la pérennité du résultat.

L’art n’est plus seulement la prouesse du praticien. La prouesse est aujourd'hui l’art de ce qui ne se voit pas.

Personnellement, je reste attaché aux résultats naturels. Je ne suis pas un adepte des modèles standard et duplicables. Les traits doivent refléter le caractère. Car la vraie beauté est intérieure.

Malheureusement le médico-chirurgico est confronté à une époque dans laquelle l’hypocrisie a pris la première place du podium médiatique.

Des exemples nombreux et positifs d’interventions répondent à une réelle demande et sont les vecteurs indispensables de l’intégration dans notre société conditionnée par son image. Nos sociétés occidentales ont elles perdu la valeur fondamentale de l’existence ?

Donner l’envie de vivre pleinement avec simplement un « mieux-être » apporté par des mains expertes est donc devenu tabou pour quelle raison ?

Ne l’oublions jamais, le but du praticien est de répondre à la demande d’une personne qui désire un mieux-être et non pas d’imposer tel ou tel point de vue ! 
Le praticien n’est pas un juge de ce qui est beau et de ce qui ne l’est pas. Il vient au secours d’une personne qui désire une amélioration de son apparence, Ni moins, ni plus.


Thomas Josse

Contact communication ; agencethomasjosse@gmail.com



LE POINT DE VUE DE L’EXPERT 




Interview du Docteur Hugues Cartier, Dermatologue esthétique à Arras - 





En tant que dermatologue, vers quoi la demande des patient(e)s va-t-elle se tourner dans les années à venir ? 

Le bien être plus que le mieux-être. La demande a bien évidemment évolué avec des patients plus jeunes, voire très jeunes qui cherchent une modification, les milleniums à la recherche d’info, les matures en quête d’une solution pour freiner le temps jusqu’au-delà du troisième âge qui se dise, jamais trop tard.

Le choix ses possibilités s’est enrichi avec une multitude d’appareils, des produits de comblement et l’indispensable toxine botulinique. 

Si la chirurgie s’est raffinée, dans le domaine médical il manque encore une protocolisation de la prise en charge adaptée à chaque demande. Il faut disposer de tout un éventail d’appareils, maitriser la pose des fils, anticiper les effets des inducteurs collagéniques pour couvrir les indications ce qui peut troubler le patient qui doit rester « humain » en évitant le clonage de la beauté.


Pensez-vous que l’approche psychologique est trop souvent absente dans la profession ? 

La réponse va de soi, tout praticien pense que son approche médicale le protége d’aborder une dimension psychologique ou sociétale. 
Mais à moins d’être complétement hermétique à ce qui se passe autour de nous, elle est intimement liée à notre exercice médical. Certaines publications estiment déjà que nous avons plus de 10% de dysmorphobes, les repérer est indispensables afin de s’éviter des conflits face à des attentes irréalisables ou qui pourrait mettre danger le patient.


Vous êtes plutôt un adepte de l’embellissement ou du rajeunissement ? 

C’est quoi la beauté ? C’est quoi sentir bien dans sa peau, dans sa vie ?

Une fois que le patient a compris que nous sommes avant tout des artisans pour modifier une asymétrie, freiner les effets du temps avec des artifices techniques et rappeler que la prévention par des règles hygiéno-diététiques reste la base alors tout ira bien. Savoir refuser est un exercice difficile face à un patient qui ne comprend pas forcément que lui aussi veut en être comme les autres.

La démocratisation de l’esthétique dermatologique n’est plus réservée à une frange de population. L’instantanéité de la demande induit aussi un bouleversement de la prise en charge et de notre façon d’être.

La beauté, répond aussi à une notion de temps, que dire d’un enfant qu’il est laid et d’une personne très ridée mais qui reste belle selon des canons de la beauté qui ne suivent pas forcément les règles du nombre d’or. 

Ce n’est ni une cathédrale qu’on ne construit ni une voiture volée qu’on maquille, mais un être humain avec tous ses défauts et ses qualités qu’on doit remettre en accord avec lui-même. Il suffit parfois d’un presque rien voire juste de discuter qui les rendent heureux, en paix avec eux-mêmes , d’une beauté au-delà du seul physique.


Poursuivre l'aventure ; https://www.cartier-dermatologie.fr/ 

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